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Tranche de vie

Mes premiers pas...
par Laure Gigou


C'était une fois, il y a bien longtemps... (attention ! on ne remonte pas aux Néanderthaliens !)... Je pourrais dire que je suis née un appareil photographique à la main. Enfin presque, on exagère toujours dans le Midi.

J'ai fait mes premières photos à l'âge de six ans, avec l'appareil qui avait servi à initier mon père à la photographie. Un appareil qui ressemblait presque à un cube, noir avec un diaphragme fixe, une vitesse fixe. L'ancêtre de l'Instamatic. Il devait faire du 4,5 x 6 cm, parce qu'à l'époque je ne me suis jamais préoccupée du format. Mon père avait un 24 x 36 Kodak Rétina. C'est avec lui qu'il a fait les premières diapositives Kodachrome. Celles que je peux encore regarder, sans qu'elles aient aucunement viré.

Un jour, l'entreprise Kodak est venue à Sète, au cinéma le Palace, et a projeté sur trois "écrans" ses spectacles en fondu enchaîné. J'ai su récemment que ces spectacles étaient manuels. Il y avait eu un concours de photographies. Moi j'ai voté pour un écureuil. Ce n'était certainement pas la meilleure photo, mais qu'il me plaisait ce petit écureuil !

Je me suis essayée au 8 mm, au super 8 et même à la vidéo. J'ai même fait des formations, mais ce média animé ne me convenait pas, ne me satisfaisait pas. Difficile d'atteindre un niveau professionnel quand on reste amateur.

Puis ce fut le calme plat. J'ai fait la fac et j'ai subi les photos dégueulasses des prof d'histoire de l'art qui nous présentaient des photos délavées, pisseuses, des chefs d'ouvres de la peinture. Un vrai dégoût. Je me disais que je n'imposerai jamais ce genre de choses à quiconque. J'avais toujours l'envie de faire ce que j'avais vu dans le spectacle de Kodak.

C'est alors que j'ai découvert dans le canard local, le Midi Libre, qu'il y avait un gala de diaporama dans la salle Molière, salle annexe de ce que l'on appelle aujourd'hui l'Opéra Comédie de Montpellier. Je me souviens que j'étais venue de Sète deux heures avant et qu'il y avait déjà la queue. Le spectacle était donné par le fameux "Groupe des Cinq de Montpellier". Depuis cette date, je n'ai jamais raté un gala de Montpellier.
J'en étais sortie avec la certitude que j'allais faire du fondu enchaîné. Quand on est jeune on ne doute de rien !

J'ai acheté deux projecteurs Kindermann avec paniers ronds verticaux et panier droits. Quand on mettait des paniers verticaux et qu'on mettait des diapos sous verre (fins) parce que les 3 mm ne rentraient pas, il fallait remplir complètement les paniers de 120 diapos si mon souvenir est bon, sinon le poids mal réparti empêchait les paniers de tourner. Et j'avais un magnétophone à cassette dans lequel était inclus un Simda F 100. Dans le fond, ce n'était pas si mal pour débuter.

Et c'est là que j'ai fait mon premier diaporama ! Ah, le chef d'ouvre ! Je racontais la pêche à la sardine à Sète sur un chalutier. Une heure et demie de projection que j'ai assénée à des spectateurs très indulgents et enthousiastes. Ah ! j'étais fière de mon chef d'ouvre !!! Croyez-moi !
Avez-vous vu "DIA-PO-RA-MA" d'Alain Trémel ? Tout y était : la longueur, le soleil qui se couchait et qui se relevait, la mer qui se vidait, les verticales et les horizontales qui se croisaient. Un vrai chef d'ouvre de ce qu'il ne faut pas faire...
Mais je continuais à aller voir les galas de diaporamas qui me remplissaient d'aise.

Puis un jour... Je travaillais alors, j'ai vu que la FOL organisait un stage de diaporama. Je m'y suis inscrite... Et là j'ai rencontré... Jean Bourguedieu qui nous a fait faire un diaporama sur un texte concernant les puces de sable... Je n'ai aucun souvenir de ce diaporama à part les prises de son à Palavas, à minuit, en plein hiver sur les bords de la plage... pour apprendre le lendemain que ce travail était inutile, il suffisait d'imiter le bruit de la mer...
Jean m'a embrigadée dans son club, l'Atelier interclub diaporama, m'a fait suivre les cours de photographies du Comité départemental de photographie. Tous les quinze jours, il nous passait des diaporamas couverts de gloire. Nous nous disions que nous ne pourrions jamais atteindre ce niveau.

Et un jour qu'il nous engueulait parce qu'on ne produisait pas, j'ai osé présenter mon diaporama sur la pêche à la sardine. Ce fut le grand éclat de rire... Le fou rire a secoué l'assistance pendant au moins une demie heure. C'était la première fois que je faisais un documentaire sérieux qui faisait tant rire. Jean Bourguedieu a eu quand même du remords. Il était persuadé que je n'aurais jamais plus mis les pieds aux réunions. Manque de pot, j'en suis même devenue la présidente pendant quatorze ans...

Comme quoi il ne faut jamais se prendre au sérieux, si on veut progresser.

Laure Gigou



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