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En marge du Festival de diaporamas numériques de Hayange...


Une première synthèse sur le numérique

A l'occasion du 1er Festival international de diaporamas numériques de Hayange, deux débats ont été tenus sur les évolutions que connaît actuellement notre chère passion. Je me suis efforcée d'en faire une synthèse que vous trouverez ci-dessous.
Les sujets sont divers mais essentiellement techniques, ils portent sur le logiciel de fondu enchaîné, sur l'image elle-même et sur les vidéo-projecteurs. De là découle une autre réflexion sur le devenir du diaporama classique et sur la fracture numérique.



Quel logiciel pour le numérique ?

Pictures To Exe
Le logiciel utilisé par la majorité des diaporamistes est " PTE " - " Pictures To Exe " pour les non-initiés. C'est un petit logiciel génial qui permet de générer entre autres des fondus enchaînés identiques à ceux que l'on produit entre deux projecteurs. Il asservit les images à une bande son qui sert également de chronomètre (on dit en informatique " Time-Line " ou "échelle de temps").
Ce système n'est pas forcément logique dans la conception informatique pure, mais il est efficace. Un véritable " Time-Code " est basé sur l'horloge de l'ordinateur. Dans le cas présent la " Time-Line " se base sur la bande son. Ainsi, si on veut laisser un certain délai avant le démarrage de la musique et des images, il faut enregistrer du silence sur la bande son. D'ailleurs un des principaux reproches faits par les organisateurs du festival à certains diaporamistes est de ne pas avoir introduit de noirs au début et à la fin. Cette diapo noire permet la transition entre l'image Windows ou l'image générique du festival et le diaporama ce qui est nettement plus agréable.

Ce logiciel a été développé, et l'est encore, par Igor Kokarev qui vit en Russie à Kirov, avec la complicité active de l'Italien Guido Russo. Il a l'immense avantage de ne coûter que 25 dollars. Peu convivial dans ses débuts, le logiciel a pu être amélioré grâce aux remarques des Anglais, des Américains et des Français. Il est presque parfait pour les diaporamistes, sauf qu'il ne permet pas de préparer la bande son, qu'il ne traduit pas cette bande son en diagramme, ce qui faciliterait l'asservissement des topages à cette bande son.

Il ne permet que les fondus classiques, pas d'aller et retour, pas de " staccato " (des fondus en escalier), pas de mélodie du fondu. Pour introduire ces nuances, il faut une démarche intellectuelle proche du bricolage. Grâce aux logiciels d'images, on peut introduire des images qui élaborent la fusion entre la première et la deuxième image en jouant sur les effets de transparence des calques. Il faut donc que les diaporamistes classiques s'adaptent mentalement à cette démarche nouvelle.

Bricolage de certains effets
PTE ne permet que des fondus entre deux projecteurs. Les combinaisons de trois ou quatre projecteurs n'ont pas été envisagées et ne peuvent l'être que par l'intermédiaire du travail photographique dans un logiciel image comme expliqué dans le paragraphe précédent. Ainsi, au lieu de placer chaque image dans un panier différent et de régler le fondu en fonction de l'image qui apparaît à l'écran, le diaporamiste doit imaginer l'effet final de son fondu, ou l'effet intermédiaire, s'il doit arrêter le fondu en chemin. Il doit alors remplacer cette étape par une image supplémentaire, combinaison de la superposition des deux images en fondu.

Les problèmes de titrage
Les titres peuvent être générés par PTE, mais ceux-ci devront utiliser des caractères classiques issus de Windows. Tout caractère fantaisie peut être modifié automatiquement par la machine qui lit le diaporama si elle ne possède pas le caractère précité dans le registre " Fonts " de Windows. L'effet devient alors désastreux.

Pour pallier cet inconvénient, les diaporamistes génèrent en général un titre en incrustation dans l'image choisie à l'aide du logiciel image. Ils créent alors une copie de l'image de base sur laquelle se trouve ainsi incrusté le titre. L'avantage de cette méthode est de permettre un titre personnalisé correspondant par l'utilisation du caractère spécifique à l'ambiance du diaporama. Cette méthode permet également d'y introduire des effets - relief, ombrage, couleur...- qu'on ne pouvait pas introduire dans les diaporamas argentiques. En outre il n'est plus besoin de réserver une diapositive avec zone sombre pour l'apparition des titres.

PTE implique donc une réflexion du diaporamiste sur l'effet qu'il veut introduire. Ce n'est pas en modifiant le fondu qu'il obtient certains effets, mais par un travail de base sur l'image. Il s'agit donc là dans quelques cas précis d'un mode de pensée fondamentalement différent de celui qu'on pouvait trouver dans la démarche analogique, encore que certaines diapositives travaillées annonçaient cette évolution.

Pour les gens qui maîtrisent bien les logiciels d'images, tels que "Photoshop", "Paintshop Pro" ou "The Gimp", cela fait partie du mécanisme nouveau de construction du diaporama numérique. Cette démarche peut être excitante.

Les fichiers exécutables
PTE génère en fin de course un fichier (".exe") exécutable sur n'importe quel ordinateur sans qu'il soit nécessaire d'installer le logiciel. C'est un avantage considérable qui est certainement à l'origine du très grand succès rencontré par PTE.

Les évolutions possibles

Ce logiciel évolue mais il semblerait d'après le débat de Hayange qu'une très grande majorité des utilisateurs soient des photographes professionnels, la plupart américains, soucieux de créer des albums de mariage et autres portfolios ou "books". De ce constat, il est à craindre que l'évolution de ce logiciel se poursuive par l'introduction de "gadgets", du genre gifs animés, vidéos..., tout à fait inutiles pour le diaporamiste classique alors que ses besoins dans l'évolution du logiciel portent sur des aspects plus techniques et moins orientés sur des effets spectaculaires.

Il semble donc que les diaporamistes osent espérer l'évolution d'autres logiciels.

La révolution PTE
Il n'en reste pas moins, et le débat l'a bien montré, que PTE a provoqué une véritable révolution dans le monde diaporamique. Le mot n'est vraiment pas trop fort. Il y a trois ou quatre ans, les diaporamistes désespéraient d'imaginer qu'un fondu puisse être généré par l'ordinateur. Ceux-ci n'étaient alors pas assez puissants pour supporter un tel effet. Les diaporamas filmés en vidéo analogique puis numérique étaient absolument décevants. C'était exaspérant. Or à présent, les nouveaux ordinateurs permettent le visionnage de nos diaporamas classiques.

Les autres logiciels
Le débat a ensuite porté sur les autres logiciels susceptibles de prendre le relais ou d'entrer en concurrence avec PTE.
Le principal reproche fait à PTE par beaucoup, est de ne pas générer de fichier "AVI" ou "MPEG", formats vidéo internationaux. Ces fichiers permettent par la suite de générer des DVD lisibles par un lecteur DVD sur un téléviseur sans l'intermédiaire de l'ordinateur.

Il est annoncé que la prochaine mise à jour de PTE (4.20) permettra cette exportation. Mais la sortie DVD est une dégradation de l'image. En effet, les fichiers AVI n'ont pas encore la définition photo de l'image conseillée 1024 x 768. L'image était jusqu'à présent plus dégradée. En revanche, les nouveaux algorithmes d'encodage et de compression livrent des fichiers de haute qualité (exemple : Wings Platinum de Stumpfl). Là également les problèmes ne sont pas si simples, mais ils évoluent avec la perspective de la télévision numérique et haute définition.

En revanche, les logiciels concurrents de PTE qui se présentent sur le marché ne génèrent pas de fichiers exécutables mais proposent une exportation AVI ou MPEG
Toutefois, un développeur indépendant a récemment proposé sur le forum que les diaporamistes testent son produit "La lanterne magique" qui est actuellement en version "beta", pour qu'il réponde du mieux possible à nos besoins - à tester et à suivre donc...

Quelle conséquence pour le diaporamiste ?
S'il monte un diaporama avec un tel logiciel, soit il perd de la définition à la sortie de l'image en format vidéo, soit il implique que l'ordinateur destinataire de la projection possède la licence du logiciel pour extraire le fichier. Nous entrons donc là dans un système extrêmement complexe, coûteux et risquant de générer des "bugs" au cours des projections générés par des logiciels très proches qui font appel à des registres graphiques jumeaux qui se concurrencent dans le système. Ils ne font pas bon ménage ensemble et l'informatique très susceptible peut entraîner des faux départs ou des bugs en cours d'exécution.

Nous avons, semble-t-il, connu ce problème deux fois à Hayange. Malgré la prudence de Ricardo, deux diaporamas se sont bloqués en cours. Pour faire une analogie avec un monde que les diaporamistes connaissent bien, la diapositive s'est coincée dans le projecteur vidéo. Mais là, pas question d'utiliser le " pousse-au-cul " (petite langue en carton ou en plastique qui pousse la diapositive dans le projecteur pour la décoincer), le diaporama doit redémarrer.

Donc la concurrence de PTE pourrait exister prochainement.

Le logiciel Wings
Il y a Wings. Ce logiciel proposé par Stumpfl accompagne le décodeur Stumpfl et permet de générer les signaux qui commandent le passage des diapositives. Sa version complète permet le montage son et génère également des fondus pour les images scannées. Wings ne crée pas des fichiers exécutables mais des fichiers AVI.

Une nouvelle version vient de sortir en Allemagne sous l'appellation "Platinum"; elle est plus complète et permet de réaliser de vrais diaporamas numériques en haute définition (norme HDTV) mais elle n'est pas encore traduite en français ni diffusée en France. Deux diaporamas ont été projetés à l'aide de ce logiciel. Il faut un décodeur spécial sur l'ordinateur pour lire ces diaporamas et ce décodeur, semble-t-il depuis l'expérience de Hayange, génère des "bugs" dans PTE.

Selon Gérard Desroches, Stumpfl qui, avec Platinum, s'oriente vers les réalisateurs audiovisuels (ou "multimedia" pour parler à la mode) professionnels, n'envisage pas pour l'instant la possibilité de créer un fichier exécutable. Les diaporamistes amateurs n'intéressent ni Stumpfl ni Simda qui est son importateur en France. Le logiciel Wings Pro, très cher (plus de 1200 euros), est possédé par ceux qui ont franchi le pas de l'encodage numérique dans le diaporama analogique. Cet investissement bloque certains diaporamistes qui hésitent à franchir le pas du tout numérique. Il est, en effet, râlant d'avoir tant investi pour si peu de temps (maximum cinq ou six ans). Nous ne savons pas quel sera le coût du passage de Wings Pro à Platinum.

Le logiciel m.objects
Un grand espoir semble venir d'un autre logiciel pour diaporama qui a commencé sa carrière comme Wings pour l'encodage numérique de diaporamas argentiques. Ce logiciel indépendant de marques de projecteurs est soutenu par Bässgen et, en France, par Electrosonic avec le concours de Michel Deluen. Il est compatible avec les matériels Stumpfl.
M. Deluen annonce la sortie prochaine d'une version révolutionnaire de m.objects qui tiendrait compte de toutes les attentes des diaporamistes: non seulement, il continuerait à proposer l'encodage de diaporamas argentiques et le pilotage de projecteurs mais il permettrait la génération d'un fichier exécutable, l'exportation vidéo et le montage son. Bien évidemment le prix serait supérieur à PTE mais de l'ordre de 300 à 400 euros. Nous en sommes à la version béta, la sortie est annoncée très prochainement.

La compression JPEG
Le débat est enrichissant sur d'autres points techniques. En effet, le souci des diaporamistes qui numérisent est la compression de l'image. Plus l'image est lourde plus l'ordinateur devra être puissant. Il est donc conseillé d'utiliser des images qui pèsent au maximum 400 ko avec une définition actuelle de 1024 x 768 pixels pour des images issues d'appareils numériques ou de 1024 x 682 pour l'homothétie avec le format 24x36. Notons que la résolution en "dpi" (72, 180, 300) ne joue aucun rôle pour la visualisation sur écran ou via vidéoprojecteur; elle ne sert qu'à l'impression sur papier; seules comptent les dimensions de l'image en pixels comme indiqué ci-dessus. Il a été ajouté que, pour ne pas trop fatiguer le processeur, la taille doit pouvoir être divisée par 16 (16 = 16 bits). Si l'on possède un ordinateur 800 x 600, pour son utilisation personnelle, il faut utiliser cette définition de 800 x 600.

Il est également fortement conseillé au départ de travailler dans la plus haute définition et de conserver ses documents (sur CDRom) en Tiff ou en RAW. La compression JPEG ne doit intervenir qu'en dernier lieu car travailler les images en JPEG entraîne une compression à chaque enregistrement et donc au final une sérieuse détérioration de l'image.

Si on utilise Photoshop, il est conseillé pour la compression des images en JPEG d'utiliser la fonction " Fichier / Enregistrer pour le web " qui permet de définir très exactement la compression du Jpeg au pourcentage près. Pour la visualisation sur écran, il n'est pas utile d'aller au-delà de 60 %.

Les vidéo-projecteurs
Une très bonne explication des différents systèmes de projection vidéo est donnée sur le site " Vive le Diaporama " de Gabriel Mermet-Bouvier. On comprend le mécanisme de cette projection et les différentes technologies que l'on peut trouver sur le marché.

Il y a deux systèmes qui peuvent nous intéresser. Le premier, le plus performant, le plus ancien aussi est le système tri-tube développé par Barco et uniquement par cette marque. C'est aussi le système le plus cher. Enfin, il est intransportable, demande des réglages minutieux. En un mot il ne correspond pas à nos besoins.

Le DMD (Digital Micromirror Device), système mis au point par Texas instrument. Ce système est également appelé DLP (Data Light Processing) qui n'est autre que le traitement de la lumière du DMD. Ce système consiste en des milliers de petits miroirs carrés montés sur des transistors, qui se tournent vers la lumière pour la réfléchir, ou contre pour la bloquer. Ils sont disposés en lignes et en colonnes, montés sur un circuit électronique. Ces micro-miroirs sont commandés par un signal électrique numérique converti à partir du signal vidéo et basculent ainsi sur leur axe pour réfléchir plus ou moins la lumière en direction de l'objectif.

Le principe de ce système est de séparer l'information de la chrominance (couleur) de celle de la luminance (niveau de gris de l'image). Il y a autant de micro-miroirs que de pixels à afficher. Pour faire du blanc à l'écran, le micro-miroir réfléchit la lumière de la lampe vers l'objectif, et pour faire du noir, le micro-miroir se met dans une position pour bloquer la lumière. Pour faire toutes les variations de luminosité, il varie les pourcentages de noir et de blanc, ceci pour les nuances de gris. Pour avoir une image en couleur, et non en noir et blanc, il suffit de lui envoyer non pas une lumière blanche, mais une lumière de couleur (rouge, verte et bleu). Les couleurs sont restituées par une roue RVB dont les trois images rouge, verte et bleue sont projetées successivement sur les miroirs.

L'avantage est majeur, comme on s'en aperçoit après ces explications il y a peu d'obstacles entre la lampe et l'objectif, donc il y a peu de perte de lumière, plus de contraste, et à puissance de lampe égale et coût de lampe égal, la luminosité est donc bien plus importante que tout ce qu'on obtient en tri-tube et tri-LCD.
  • Taille et poids, on trouve aujourd'hui des modèles avoisinant les 3 kg et même parfois nettement moins
  • La luminosité et le taux de contraste sont excellents
  • Les couleurs sont bien restituées
  • Les noirs sont des noirs profonds
  • Les pixels sont quasiment invisibles à l'écran
  • Cette technologie ne génère pas de pixels morts à la fabrication
  • Les réglages et l'installation sont aisés.

Le traitement du contraste est important. Il s'agit de la différence entre les zones sombres et les zones claires. Une valeur de 800:1 assure déjà une image correcte en diaporama. Les derniers DLP atteignent 3000:1. Cette valeur est déterminante dans la restitution des noirs, il faut savoir que même un projecteur DLP ne sera pas performant dans la restitution des noirs si le taux de contraste est trop faible.

Ces vidéoprojecteurs sont évidemment (on s'en doute) plus chers que le vidéoprojecteur de salon. Mais il ne faut pas envisager une grande différence. Le vidéoprojecteur de Hayange, le Nec, que je baptiserais "le Nec plus ultra" est à ce jour le projecteur le plus performant dans sa catégorie. Il a permis de restituer des images lumineuses, nettement plus lumineuses que les projecteurs de diapositives qui figuraient aussi dans le matériel du festival. L'image était de grande dimension 4 x 5 m. Son encombrement est légèrement moindre que celui d'un projecteur Simda. Sa technologie de décentrement de l'objectif oblige à placer le projecteur soit au bas de l'écran soit au-dessus. Le traitement du trapèze induit par l'image obtenue est corrigé automatiquement par le projecteur.

Les images projetées valaient bien celles obtenues par les diapositives. Je me suis approchée de l'écran pour constater que la pixellisation n'était vraiment visible qu'à un mètre. Or se placer à un mètre c'est courir le risque de ne pas voir l'image dans son entier et d'attraper un torticolis. Je veux par là exprimer mon étonnement et mon admiration.

De mon point de vue, la projection diapo et vidéo est tout à fait comparable. Le coût l'est beaucoup moins puisqu'il faut compter un peu moins de 6000 euros pour l'acquisition d'un tel engin.

Mais le débat a porté sur un nouveau qui est venu semer le trouble dans ce constat. Un projecteur quatre fois moins volumineux que le précédent d'une marque totalement inconnue BENQ SL 705 X, toujours de technologie DLP. Ce Petit Poucet faisait la pige au grand NEC, aussi lumineux, peut-être plus, aussi net avec une aussi grande image. La seule différence était dans la nuance des contrastes. Le petit dernier a tendance à durcir l'image. Ce petit détail est franchement négligeable en comparaison du prix qui s'élève à 2500 euros TTC. Apparemment ce vidéo projecteur ne se trouve pas sur le marché classique mais sur internet.

Il semblerait donc que les vidéos-projecteurs évoluent aussi vite que les photoscopes. 2500 euros, c'est grosso-modo le prix d'un projecteur SIMDA 400 watts. À la place d'un second projecteur, on s'achète le portable et nous voici équipés pour le nomadisme diaporamique !

Certes mais les petits diaporamistes amateurs qui s'achetaient du matériel d'occasion, ne sont pas prêts de pouvoir s'offrir ce petit bijou. Les clubs non plus. Il faudra un certain temps pour réunir les fonds et permettre de rattraper cette révolution dans sa marche galopante.

La qualité photographique
Le constat que je pourrai faire de ces projections est que les diapositives numérisées sont moins bonnes à la projection que les images issues d'appareils photos numériques. Souvent le contraste est gênant. Il n'y a pas si longtemps, je proclamais que ce n'était pas demain que les appareils numériques atteindraient la qualité des diapositives. Les 21 millions de pixels gardent leurs distances, mais pour nous, diaporamistes, 3 à 4 millions de pixels suffisent largement. Cette constatation que le diaporamiste amateur a pu faire à Hayange dans une projection sur grand écran est parallèle à l'évolution des technologies. On s'explique un peu mieux l'abandon par Kodak des recherches sur les émulsions.

Doit-on pour autant imaginer la disparition définitive de la diapositive ? Je ne le conçois pas. Il y aura toujours des fanas de la belle ouvrage, cliquant sur leur Leica M6 préhistoriques, tout comme le noir et blanc argentique a survécu à la couleur. Nous admirons toujours un beau tirage parfait. Les noyaux de résistances seront à mon avis suffisamment solides pour permettre la persistance de la diapositive. Mais en sera-t-il de même dans le milieu du diaporama ? Le résultat des projections démontre qu'il faut bien maîtriser les paramètres du scan des diapositives et des logiciels d'images pour tirer le meilleur parti, le plus correctement possible de la numérisation.

Les photoscopes
Paradoxalement l'évolution n'est pas terminée. Elle tarde encore. Les compacts sont bons mais leurs objectifs sont loin d'être parfaits et leur défaut majeur est le temps de latence, je dirai le retard à l'allumage ! vous voulez photographier le vainqueur de l'étape cycliste et vous retrouvez sur votre image le quatrième si vous avez un modèle rapide.

Quant aux réflex, leur prix commence à baisser. Eux pratiquent l'instantané. Ils peuvent utiliser en général les anciens objectifs. Mais ils ont également un défaut. Lors des changements d'optiques la poussière peut entrer et se coller sur le capteur. Et là c'est rédhibitoire : perte de pixels sur toutes les photos et retour obligatoire au SAV !

Mais l'intérêt du numérique c'est aussi le stockage. Certes au départ la carte mémoire ou le disque dur portable peuvent paraître un investissement cher, mais comme les photos sont effaçables, ce qui coûte un peu plus que deux pellicules et deux développement pour 36 poses se rentabilise rapidement. Le numérique favorise le mitraillage. On se dit : on éliminera les mauvaises.

Vers la fracture
Un obstacle de taille est la maîtrise de l'ordinateur et de certains logiciels images et sons nécessaires pour travailler les diaporamas numériques.
Mon impression est de vivre, depuis six mois, une révolution radicale de la mentalité des diaporamistes. C'est rapide, très rapide, trop rapide ? Il va y avoir du dégât. Je suis très pessimiste en songeant à ceux qui ne pratiquent pas l'informatique. Je doute qu'ils puissent passer à la technique du diaporama numérique. Il y a tant de chemin à rattraper ! Nous allons donc certainement vivre dans le petit monde diaporamique la fracture informatique. Ne nous voilons pas la face, nous pensons à une génération de grands diaporamistes. Ils ne pourront vraisemblablement pas rattraper le retard en la matière, à moins d'avoir un petit fils ou une petite fille " branché " ou patient.

Mais d'un autre côté, la technique du diaporama classique en était arrivée à un point tel que ceux qui organisaient des festivals, des concours, voire des galas, étaient confrontés à une telle diversité de technologies que la salle de projection ressemblait à un supermarché spécialisé dans la projection de diapositives. Rien que pour la Coupe de France 2003 qui rassemblait seulement 9 à 10 diaporamas, nous avions été obligés d'avoir 5 systèmes de décodage, un lecteur de cassette, un lecteur de cd, un magnétophone à bande 4 pistes. L'horreur ! Un ordinateur, ou un lecteur de DVD et un projecteur vidéo... Quelle simplification !! je rêve toute éveillée !!!

De ce constat découlent deux réflexions personnelles :

Le problème de la propriété intellectuelle de l'ouvre
On s'aperçoit que pour éviter tout problème technique, il est préférable de copier le ficher exécutable sur le disque dur et de l'exécuter à partir de cette copie, plutôt que de l'exécuter à partir du CDRom. Ce fut le cas de Hayange. Mais que devient le diaporama copié une fois les séances terminées ? Quelle sera l'attitude des organisateurs de festivals diaporamiques ou de galas ? Il est bien tentant de garder la copie, n'est-ce pas, et finalement de se constituer une "diaporamathèque".

Personnellement, sur le fond, je ne suis pas foncièrement hostile à cette idée. Je prêtais facilement mes diaporamas, j'en ai même fait des copies pour les amis diaporamistes qui eux-mêmes m'ont fourni une copie de leur diaporama. C'est plutôt flatteur. Mais du temps du diaporama argentique la copie n'était pas si facile. Là, elle ne coûte rien et n'est en rien altérée. J'ai même cru comprendre sur le forum PTE qu'il était possible de pirater les images du fichier exécutable.
Là où je suis franchement hostile à la copie, c'est quand celle-ci sortirait du cercle des diaporamistes. Je verrais d'un très mauvais oil un professionnel ou un semi-professionnel utiliser un de mes diaporamas sans mon autorisation et "se faire du blé sur mon dos" pour employer une expression vulgaire qui me paraît bien adaptée dans ce cas de figure.

Il faudra donc que les fédérations veillent à " légiférer " sur ce point pour que la déontologie des organisateurs de festivals ou de galas soit canalisée et que, soit les copies soient effacées selon la volonté des auteurs, soit qu'elles soient gardées avec l'autorisation écrite de l'auteur pour un usage limité et défini.

La nécessité de conserver la mémoire
Il faut également revenir à la réalité. Non seulement nous risquons de voir petit à petit s'éteindre les festivals de diaporamas argentiques à cause de la complexité des systèmes, mais également les galas de ce type, faute d'avoir du grain à moudre.

D'un autre côté, et parallèlement à ce qui frappe de front les diaporamistes, les techniques anciennes sont en danger. Il devient de plus en plus difficile de trouver des bandes magnétiques, les magnétophones prennent de l'âge. Pour mon initiation au diaporama, j'ai été nourrie au biberon des grands diaporamas, projetés à chaque séance par Jean Bourguedieu. Cette formation est irremplaçable. Cette mémoire est importante à conserver. Sous prétexte de nouveautés, il ne faut pas jeter les anciens.

Il devient urgent de sauvegarder les bandes son en numérique dans un premier temps, puis les diaporamas eux-mêmes, qui devront être numérisés pour qu'on puisse encore revoir des chefs d'ouvres comme "Le Célibat", "Musique pour vos yeux", "La soupe", "Monde parallèle", "Les couleurs de la mémoire", "Liberté", "Le cercle"... Pardon pour tous ceux que je n'ai pas cités, il y en plus d'une centaine. Je crois qu'il faudrait créer un "SAMU Diaporama" comme l'INA procède à la sauvegarde de ses fonds. Ce n'est pas de la mélancolie mais simplement la nécessité de mémoire.

Laure Gigou (novembre 2003)



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